Révolution personnelle des femmes sourdes et malentendantes de l’Ouémé au Bénin

Porto Novo – Août 2025

« Nous vivons dans une communauté où les femmes sourdes sont triplement discriminées : être femmes, être handicapées, et être non scolarisées ». 

Pour mettre fin à ces préjugés, un groupe de femmes sourdes a décidé de créer en 2011 à Porto Novo, capitale administrative du Bénin, une association capable de défendre leurs droits et d’amener les femmes sourdes à une autonomie financière : l’Association des Femmes Malentendantes et Sourdes de L’Ouémé (AFMSO). Cette association a pour objectif de promouvoir la langue des signes à travers la scolarisation et l’alphabétisation des filles et femmes malentendantes et / ou sourdes en langue des signes, d’œuvrer pour leur intégration sociale et scolaire et de contribuer à l’amélioration de leurs conditions de vie. 

« Pour nous, la principale réussite c’est d’avoir pu créer une association composée de femmes pour des femmes sourdes afin d’être capable de défendre nos droits et de se faire entendre. Nos actions de sensibilisations ont permis la scolarisation de plusieurs enfants à l’école, ont permis à des femmes sourdes de connaitre leur droits et devoirs et d’être capables de les revendiquer. Nos actions d’alphabétisation et nos formations aux activités génératrices de revenus ont permis à certaines femmes de subvenir aux besoins de leurs enfants. Il est vrai que pour la majorité des femmes sourdes, la situation reste encore compliquée mais c’est déjà pour nous un pas important. Nous ne cesserons pas de nous battre tant qu’il reste encore à faire. »

Dans le cadre du projet  FAME (Féminisme, Actions et Mobilisation pour une Economie Inclusive) mis en œuvre dans dix pays dont le Bénin pour renforcer l’autonomisation économique et le pouvoir d’agir des femmes et des OSC féministes, le Geres a choisi d’accompagner techniquement et financièrement cette association pour son projet « Autonomisation Socio-économique des femmes malentendantes et sourdes de l’Ouémé » pendant une période de dix (10) mois, d’avril 2025 à janvier 2026. L’objectif principal est de permettre aux femmes sourdes de développer leur leadership et d’avoir une autonomie socio-économique. 

Au cours des trois premiers mois de mise en œuvre du projet, l’AFMSO a organisé plusieurs sessions de renforcement de capacités au profit de ses membres : 

Une première session de formation organisée du 5 au 8 mai 2025 à Porto-Novo au Centre de Formation en Langue des Signes en Interprétariat et en Pédagogie Adaptée (CFLSIPA) a porté sur le langage des signes et a permis à 35 filles et femmes malentendantes et sourdes d’améliorer leurs compétences afin de s’ouvrir de meilleures perspectives d’insertion sociale et professionnelle. 

Cette formation leur a permis d’explorer les fondements et les enjeux de la culture sourde qui sont la maitrise du langage des signes pour une autonomisation et une émancipation des personnes sourdes.

La langue des signes (LSF en France, ASL aux États-Unis, au Canada et au Bénin, etc.) est une véritable langue dotée de sa propre grammaire et de ses règles syntaxiques, et non une simple traduction visuelle des langues orales.

Une deuxième session de formation organisée du 12 au 15 mai 2025 sur la culture des Personnes Sourdes a permis à 30 filles et femmes malentendantes et sourdes de découvrir l’historique et la sociologie de la culture sourde en rapport avec les stéréotypes, les discriminations et la construction de l’identité sourde.

La culture sourde regroupe un ensemble de traditions, de valeurs, de normes sociales et de créations artistiques propres aux communautés sourdes. On peut la comparer à une noix de coco : au premier abord, elle semble dure et difficile à percer, mais lorsqu’on persévère et qu’on l’accepte, elle révèle une richesse intérieure douce et nourrissante, comme la chair blanche de ce fruit. 

Contrairement à une approche centrée sur la déficience auditive, cette culture s’appuie sur une identité collective positive. Les personnes sourdes ne se définissent pas comme handicapées, mais comme membres d’une minorité linguistique et culturelle à part entière.

Cette formation a fortement impacté les personnes participantes à travers une hausse de leur confiance en soi renforcée par un sentiment d’appartenance à une culture valorisée, ce qui a induit une consolidation des liens communautaires et l’éclosion d’espaces de sororité.

Enfin, une autre session de formation en alphabétisation a également été organisée du 2 au 7 juin 2025 au profit de 25 femmes malentendantes et sourdes pour améliorer leurs compétences en lecture et écriture. Ladite formation a permis à ces femmes d’affirmer leur identité personnelle à travers la connaissance écrite de leur nom. Elles ont acquis une capacité à communiquer efficacement avec leur environnement grâce à la mémorisation du numéro de téléphone et l’usage de repères spatiaux. 

Au cours des prochains mois l’OSC s’attèlera à acquérir de la matière première pour la production d’huile de palme destinée à la vente. Cette activité de transformation est l’une des activités génératrices de revenus de l’Association des Femmes Sourdes et Malentendantes de l’Ouémé. 

 Article rédigé par le Geres et l’Association des Femmes Sourdes et Malentendantes et Sourdes de l’Ouémé (AFMSO).

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